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Vingt-Quatre Heures de la Vie d'une Femme (Zweig, Stefan)

A coup sûr, les tribunaux sont plus sévères que moi en ces matières ; ils ont pour mission de protéger implacablement les moeurs et les conventions générales: cela les oblige à condamner au lieu d'excuser. Mais moi, simple particulier, je ne vois pas pourquoi de mon propre mouvement j'assumerais le rôle du ministère public. Je préfère être défenseur de profession. J'ai personnellement plus de plaisir à comprendre les hommes qu'à les juger.

[...] il est probable que je ne faisais là pas autre chose que le geste absolument instinctif que l'on fait pour secourir et retenir un enfant qui, dans la rue, va se jeter sous les roues d'une automobile. Sinon, comment expliquerait-on que des gens qui eux-mêmes ne savent pas nager s'élancent du haut d'un pont au secours de quelqu'un qui se noie ? C'est simplement une puissance magique qui les entraîne, une volonté qui les pousse à se jeter à l'eau avant qu'ils aient le temps de réfléchir à la témérité insensée de leur entreprise[.]

[...] toute vie qui ne se voue pas à un but déterminé est une erreur.

La reconnaissance, on la voit si rarement se manifester chez les gens ! Et même les plus reconnaissants ne trouvent pas l'expression qu'il faudrait[.]

Dans ces dix heures, l'expérience que j'avais acquise de la réalité était infiniment plus grande que celle que m'avaient procurée précédemment quarante ans de vie respectable.

La gratitude rend heureux parce qu'on en fait si rarement l'expérience tangible[.]

Mais, je viens de le dire, toute souffrance est lâche : elle recule devant la puissance du vouloir-vivre qui est ancré plus fortement dans notre chair que toute la passion de la mort ne l'est dans notre esprit.
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