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Confessions (, )Les viandes que l'on voit en songe sont très semblables à celles que l'on nous présente lorsque nous sommes éveillés, et toutefois elles ne nourrissent pas ceux qui dorment, parce qu'ils dorment. C'est pourquoi ils se soumettent à cet ordre humain et sensible dont ils reconnaissent l'utilité par leur propre expérience ; et ils accusent au contraire l'ordre de la providence de Dieu, parce qu'ils ne peuvent voir cette chaîne merveilleuse de tant d'effets différents, qui découvre son ineffable sagesse dans la liaison et le rapport que toutes ses parties ont ensemble. Je ne les trouvais pas meilleures pour être mieux dites, ni plus vraies pour être plus éloquentes ; et l'esprit de cet homme ne me paraissait pas plus sage pour voir son visage bien composé, et ses discours bien étudiés. Je connus alors que ceux qui me l'avaient tant vanté étaient de mauvais juges de la suffisance des personnes, et qu'ils ne l'estimaient docte et prudent qu'à cause qu'ils le trouvaient disert et agréable dans ses discours. [...] mais que la vérité et le mensonge, la sagesse et la folie sont comme de bonnes ou de mauvaises viandes, qui nous peuvent être présentées dans des paroles nobles ou basses, comme dans des plats d'argent ou de terre. Et après cela ils s'imaginent qu'ils commettent ces excès impunément, ne considérant pas qu'ils sont punis par cet aveuglement même dans lequel ils les commettent, et que les maux que leur péché cause dans leur âme sont incomparablement plus grands que tous ceux qu'ils peuvent faire souffrir aux autres. Mais la principale chose et presque la seule qui m'entretenait dans l'erreur et me mettait dans une impossibilité d'en sortir, était que, lorsque je voulais me former une idée de Dieu, je me représentais toujours quelque chose de corporel et de sensible, m'imaginant que ce qui n'avait point de corps n'avait point d'être. Car peut-être que je ne les haïssais pas tant, parce que leur action était injuste en elle-même envers qui que ce fût, que parce que leur injustice m'était désavantageuse. [...] ce n'était pas contre la Religion Catholique que j'aboyais, mais contre les chimères de mes imaginations fantastiques. Que la lettre donne la mort, mais que l'esprit donne la vie. Mais comme il arrive que celui qui a passé par les mains d'un mauvais Médecin, appréhende de se confier à un bon, ainsi mon âme malade ne pouvant recevoir sa guérison que par la foi, et craignant d'ajouter créance à des choses fausses, elle refusait les remèdes, et résistait à votre conduite, mon Dieu, qui avez établi la foi comme une médecine salutaire, dont la vertu merveilleuse est capable de guérir les maladies spirituelles de tout l'univers. Reprenez le sage, et il vous aimera. Car mon esprit se formait des images proportionnées aux seuls objets de mes yeux, et je ne m'apercevais pas que cette action de mon esprit par laquelle je me formais ces images corporelles, n'était pas corporelle comme elles, et que néanmoins elle n'eût pu les former, si elle n'eût été elle-même quelque chose de fort grand. [...] que la fausseté n'est autre chose que la créance qu'on a, qu'une chose est lorsqu'elle n'est point. Aussi est-ce sans doute pour cette raison, qu'il est nécessaire qu'il y ait des hérésies, afin que la faiblesse et la légèreté des uns fassent éclater davantage la constance et la fermeté des autres. [...] lui en qui le prince du monde n'a rien trouvé qui fût digne de mort [...] "Apprends que la piété est la vraie sagesse, et ne désire point de paraître sage : car ceux qui se sont estimés sages sont devenus fous." Job, 28,28 ; Proverbes, 26,5 Car en se déréglant dans la volonté, on s'engage dans la passion ; en s'abandonnant à la passion, on s'engage dans l'habitude ; et en ne résistant pas à l'habitude, on s'engage à la nécessité de demeurer dans le vice. Car bien qu'il n'y ait personne qui veuille toujours dormir, et que chacun demeure d'accord avec raison qu'il est beaucoup meilleur de veiller, il arrive souvent néanmoins que l'on ne fait pas les derniers efforts pour s'éveiller, lorsqu'on se sent pressé d'une grande envie de dormir ; parce qu'encore qu'on voulût bien ne plus dormir, et qu'il soit temps de se lever, on se laisse aller néanmoins à la douceur et aux charmes du sommeil. [...] je concevais une horrible aversion de moi-même de ce que j'avais passé tant de temps, et peut-être plus de douze années, depuis qu'en lisant à l'âge de dix-neuf ans l'Hortense de Cicéron, j'avais été touché par l'amour de la sagesse, et différais toujours de renoncer à des plaisirs purement terrestres pour travailler à la chercher, quoique non seulement sa possession, mais sa seule recherche soit préférable à tous les trésors, à toutes les couronnes, et à toutes les voluptés de la terre. Il ne lui restait qu'une appréhension muette, et elle craignait comme la mort, de voir arrêter le cours de ses longues et de ses vicieuses habitudes, qui en la consumant peu à peu la faisaient mourir. "Les ignorants ravissent le ciel ; et nous, avec toute notre science, sommes si stupides et hébétés, que nous demeurons toujours ensevelis comme des bêtes dans la chair et dans le sang." Car il reste encore selon la parole du Fils de Dieu, quelque petite lumière dans l'esprit des hommes. Qu'ils marchent ; qu'ils marchent donc pendant qu'elle les éclaire, de peur que les ténèbres ne les surprennent. Et ce qui sert à nous tromper en cela, c'est que la nécessité n'a pas la même étendue que le plaisir, y ayant souvent assez pour le nécessaire, lorsqu'il y en a peu pour l'agréable. [...] il y a grande différence entre se relever promptement et ne tomber pas. Celui qui veut être loué des hommes quand vous le blâmez, ne sera pas défendu des hommes quand vous le jugerez, ni arraché par eux d'entre vos mains lorsque vous le condamnerez. Je me trouve emporté comme par le torrent des choses qui nous environnent tous les jours. Je me sens engagé dans ces liens, et je verse beaucoup de larmes ; mais je ne laisse pas pour cela d'y demeurer toujours engagé ; tant il est difficile de résister au poids de la coutume qui nous entraîne. Et l'évidence de ces choses est comme la voix avec laquelle ils nous parlent. Qu'est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais bien ; mais si on me le demande, et que j'entreprenne de l'expliquer, je trouve que je l'ignore. [...] il n'y a rien de véritable qui ne soit commun à tous les amants de la vérité. [...] l'espérance qui verrait ce qu'elle espère ne serait pas espérance. [...] que ceux qui sont animés de votre esprit [...] éclairent aussi la terre, fassent la distinction d'entre le jour et la nuit, et marquent la différence des temps, parce que l'ancienne loi est passée pour faire place à la nouvelle [.] [...] la parole de sagesse, qui ressemble à un soleil au regard de ceux qui se plaisent à voir la claire lumière de la vérité, comme dans la naissance d'un beau jour [.] Ainsi quoique ces oiseaux, qui sont les paroles dont on se sert pour annoncer votre vérité, se multiplient sur la terre, il ne laissent pas néanmoins de tirer leur origine des eaux. |
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