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Apologie de Socrate-Criton-Phédon (, )Voici en effet, Athéniens, la vraie règle de conduite : tout homme qui a choisi un poste parce qu'il le jugeait le plus honorable ou qui y a été placé par un chef, doit, selon moi, y rester, quel que soit le danger, et ne considérer ni la mort ni aucun autre péril, mais avant tout l'honneur. Tu n'est pas dans le vrai, mon ami, si tu crois qu'un homme qui a tant soit peu de valeur doit calculer les chances qu'il a de vivre ou de mourir. Il ne doit, quoi qu'il fasse, considérer qu'une chose, s'il agit justement ou injustement, s'il se conduit en homme de coeur ou en lâche. C'est ainsi, je crois, que le dieu m'a attaché à la ville : je suis le taon qui, de tout le jour, ne cesse jamais de vous réveiller, de vous conseiller, de morigéner chacun de vous et que vous trouvez partout, posé près de vous. [...] une vie sans examen ne vaut pas la peine d'être vécue [...] Car si vous croyez qu'en tuant les gens, vous empêcherez qu'on vous reproche de vivre mal, vous êtes dans l'erreur. Cette façon de se débarrasser des censeurs n'est ni très efficace, ni honorable ; la plus belle et la plus facile, c'est, au lieu de fermer la bouche aux autres, de travailler à se rendre aussi parfait que possible. Seulement ce n'est peut-être pas cela qui est difficile, Athéniens, d'éviter la mort : il l'est beaucoup plus d'éviter le mal ; car il court plus vite que la mort. Car ni dans les tribunaux, ni à la guerre, personne, ni moi, ni un autre, n'a le droit de chercher à se dérober à la mort par tous les moyens. [...] il y a une chose certaine, c'est qu'il n'y a pas de mal possible pour l'homme de bien, ni pendant sa vie ni après sa mort, et que les dieux ne sont pas indifférents à son sort. Quant aux considérations que tu allègues [...], je crains bien qu'elles ne soient réellement, Criton, celles de ces gens qui font mourir à la légère et qui vous ressusciteraient, s'ils en avaient le pouvoir, sans plus de réflexion, je parle de la foule. Il ne faut donc pas, mon excellent Criton, nous mettre si fort en peine de ce que la multitude dira de nous, mais bien de ce que l'homme compétent sur le juste et l'injuste, notre seul juge, et la vérité même en pourront dire. Si misérable que soit sa condition, l'homme ne se résigne pas à la mort. La pensée qu'il ne sera plus rien lui est insupportable. Il aspire de toutes ses forces à l'immortalité. Platon a montré dans le Banquet que l'amour n'est autre chose que le désir de se perpétuer. Mais se perpétuer dans ses enfants ne suffit pas à l'homme. Il désire se survivre lui-même, en gardant sa personnalité. Du désir à l'espérance le pas est facile à franchir. Le difficile est de fonder cette espérance sur des preuves irréfutables. Platon a osé l'entreprendre. Il a déployé toutes les ressources du génie le plus métaphysique qui fut jamais, et, s'il n'a pas réussi a convaincre les esprits positifs, son oeuvre n'en reste pas moins le plus puissant effort qu'ait fait le génie humain pour nous ôter la crainte du néant et nous inspirer l'espoir de l'immortalité. |
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